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Entretien avec Emmanuel Dubois de Prisque, chercheur associé à l’Institut Thomas More, sur le système de contrôle chinois.

En quoi consiste le système de crédit social (SCS) chinois ? Est-il appliqué dans tout le pays ou dans certains lieux seulement ?

Le SCS est un projet au long cours du gouvernement chinois qui doit entrer formellement en vigueur en 2020 et qui vise à « civiliser » la population chinoise grâce à des systèmes d’évaluation du comportement de chacun. Ces évaluations, sous forme chiffrées ou non, entraînent des récompenses et des sanctions. Les mauvais citoyens, jugés indignes de confiance, peuvent être inscrits sur des « listes de noires », sortes de cangues virtuelles, et privés de certains droits : celui de voyager à l’étranger, de devenir fonctionnaire, de voyager en première classe, d’inscrire leurs enfants dans les écoles privées, etc., tandis que les bons citoyens, inscrits sur des « listes rouges » se voient au contraire récompensés et octroyer des droits particuliers : coupe-file dans les hôpitaux ou procédures d’obtention de visas simplifiées par exemple.

Curieusement, ce projet est né dans le contexte des négociations de l’entrée de la Chine au sein de l’OMC. Les entreprises américaines et européennes qui souhaitaient avant de s’engager en Chine mieux connaître leurs partenaires chinois ont demandé que soit mis en place un système permettant d’évaluer la « qualité » des entreprises sur le modèle des techniques de « scoring » des agences de notation occidentales.

Cependant, sous l’effet de l’idiosyncrasie sino-communiste, le projet en Chine a pris une dimension très différente : il ne s’agit plus seulement d’un instrument économique visant à favoriser le bon fonctionnement du système financier, mais d’augmenter le niveau de vertu de la population chinoise. Il s’agit d’une sorte de projet formation permanente au bon comportement, formation prodiguée par l’État à tous les citoyens par tous les moyens. Le tournant s’est produit vers 2008 : Pékin, au moment de la crise financière américaine, a eu le sentiment que son propre système était supérieur à celui des Occidentaux, en particulier dans ce domaine qui met en jeu des éléments civilisationnels. Les États-Unis avaient été incapables d’évaluer correctement les risques liés aux emprunts immobiliers. La Chine quant à elle serait en mesure de mettre en place un système beaucoup plus efficace, et coercitif pour amener les citoyens à bien se comporter. Aujourd’hui, le père de ce projet, Lin Junyue, peut ainsi fièrement proposer que son système soit exporté vers les pays qui participent aux « Nouvelles routes de la soie ».

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