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La guerre civile au Liban (1975-1989)

Olivier Hanne. Professeur à l’ESM Saint-Cyr. Intervenant à Orbis.

L’anniversaire de l’attentat du Drakkar, le 23 octobre 1983, est l’occasion de revenir sur la guerre civile libanaise, son historique et ses logiques.

Vers l’explosion (1969-1975)

En 1970, après la défaite des Palestiniens face aux troupes jordaniennes lors des événements de « Septembre noir » et leur expulsion du pays par le roi Hussein, le Liban demeurait le seul pays à partir duquel les organisations palestiniennes pouvaient opérer librement pour lancer des raids contre Israël. Les réfugiés palestiniens étaient en 1968 au nombre de 140 000. Ils vivaient entassés dans des camps qui formaient une ceinture encerclant la ville de Beyrouth.

En octobre 1970 eurent lieu des pourparlers secrets au Caire entre le chef de l’armée libanaise, le général Émile Boustany, et Yasser Arafat, chef de l’OLP. Deux principes contradictoires furent énoncés : le droit pour les Palestiniens de se servir du territoire libanais comme base contre Israël et celui du gouvernement de Beyrouth d’y exercer sa pleine autorité. Mais les camps palestiniens jouissaient d’un quasi privilège d’extraterritorialité, et il était impossible aux autorités libanaises de les contrôler.

Les élections présidentielles d’août 1970 virent la victoire de justesse de Soleiman Frangié, un grand féodal chrétien du nord du Liban, face à Élias Sarkis, le candidat des chehabistes, depuis que Fouad Chehab avait lui-même renoncé à un second mandat. L’élection se tint dans un climat de tension, les deux camps s’accusant mutuellement de fraudes.

Une question brûlante agitait la classe politique libanaise : le problème de la présence des combattants palestiniens au Liban, le soutien à la « résistance palestinienne » que les organisations de gauche appuyaient sans réserve, et de manière de plus en plus bruyante. Les incursions israéliennes se multiplièrent visant à briser l’appareil militaire de l’OLP au Liban. Un raid israélien avait déjà lieu sur l’aéroport de Beyrouth en 1968. Spectaculaires furent les assassinats de trois hauts responsables palestiniens perpétrés le 10 avril 1973 par un commando israélien en plein cœur de Beyrouth.

Saeb Salam, qui avait exigé le limogeage du chef de l’armée et ne l’avait point obtenu, démissionna. Les affrontements entre les Fedayins – les commandos palestiniens – et l’armée libanaise ne cessaient de se multiplier. Face à la dégradation de la situation, une rencontre eut lieu entre des officiers de l’armée libanaise et des responsables palestiniens à l’Hôtel Melkart en 1973. Ces accords dits de « l’Hôtel Melkart » tentaient une nouvelle fois d’encadrer la présence palestinienne au Liban. Les Fedayins palestiniens devaient circuler en tenue civile et les armes lourdes leur étaient interdites. On leur interdisait toute action militaire contre Israël à partir du territoire libanais. Ces accords furent aussitôt considérés par les Palestiniens comme un nouveau « chiffon de papier ».

L’arrivée des réfugiés palestiniens avait brutalement modifié la donne démographique en donnant aux musulmans une majorité évidente dans le pays. L’abolition du confessionnalisme politique et de la laïcisation de l’État étaient réclamées par des partis de gauche, en particulier le PSP de Kamal Joumblatt. Les maronites refusaient d’abandonner le confessionnalisme qui leur assurait le contrôle de la présidence de la République, tandis que les sunnites, pour des raisons religieuses, combattaient l’idée de laïcisation. Enfin, la question des inégalités économiques et sociales constitua un terreau fertile sur lequel la violence pouvait se développer. Le chômage touchait 10 % de la population active en 1970 et 15 % en 1975, et l’inflation était forte. En 1968, l’imam Moussa Sadr fonda le « Mouvement des déshérités », qui se mit à recruter dans le prolétariat des quartiers chiites de Beyrouth et des populations pauvres du sud du pays.

Le 24 février 1975, la ville de Saïda entra en rébellion contre l’État central. La population de cette localité manifestait contre le renchérissement du coût de la vie et le mouvement était fortement appuyé, voire récupéré par les partis de gauche et les organisations palestiniennes. L’armée libanaise réprima le mouvement et tira sur les manifestants. L’adage tant de fois répété selon lequel « ce qui fait la force du Liban, c’est sa faiblesse », ne suffisait plus pour maintenir longtemps la paix civile, la souveraineté et l’intégrité de l’État.

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