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logoIslam de France : la culture avant la religion ?

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Un billet de Geoculture.

Lorsque l’opinion publique pense à la question de l’islam de France, elle évoque généralement l’islamisme et le djihadisme. Or, le phénomène le plus important concerne plutôt la place nouvelle d’un « culturalisme » musulman, c’est-à-dire la généralisation de comportements et de revendications d’ordre culturel autant que religieux. Ce courant voudrait en outre unifier par la base des fidèles divisés, qui pourraient ainsi agir en tant que communauté constituée et reconnue par la République.

Une nouvelle base

Les musulmans qui veulent peser dans le débat public appartiennent de moins en moins aux organisations officielles, mais sont plutôt des membres actifs d’associations, chez qui la fréquentation de la mosquée et la piété ne sont que des éléments d’une identité plus large. La plupart sont de jeunes adultes, entre 25 et 35 ans, ayant fait des études, et connaissant les codes d’une société française qu’ils voudraient pousser à reconnaître leur « islamité ». On les voit chaque année au Bourget pour une rencontre que l’UOIF, proche des Frères musulmans, a opportunément baptisée « Rencontre des musulmans de France », et qui réunit 150 000 visiteurs, dont un ou deux évêques.

Une exaspération globale

Cette conscience nouvelle, qui dépasse la pratique religieuse, se nourrit d’un sentiment victimaire (ce que l’INSEE appelle le « déni de francité »), des affaires autour du voile, de l’incarcération de Taraq Ramadan, et de la cause palestinienne. Ils se proclament antiterroristes, républicains, mais pourtant hostiles à des imams jugés trop « collaborationnistes » (Tareq Oubrou, Dalil Boubakeur, etc…). Sur la question du djihadisme, leurs sites internet affirment qu’il n’a rien à voir avec l’islam, mais montrent que les musulmans sont les grandes victimes des conflits actuels ; ils sont anti-saoudiens car le royaume s’est trop aligné sur Washington, se prononcent pour la résistance palestinienne à Israël et pour les groupes qui s’opposent à Bachar al-Assad en Syrie. On flirte donc souvent avec l’ambiguïté…

Une volonté d’organisation

Cette base instruite, connectée aux réseaux sociaux, connaissant le droit, refuse les tentatives d’organisation de l’islam de France par le haut, c’est-à-dire par le pouvoir politique et la Mosquée de Paris. Ils ont donc lancé leur propre projet à travers la « Consultation des musulmans de France ». Ils veulent peser dans les élections, quitte à assumer depuis 2010 un « vote musulman », pourtant décrié dans la tradition française. On les voit imiter des phénomènes typiquement américains de communautarisme, présentant l’islam comme une fraternité universelle et tendance, autant qu’une religion.

Culture et communautarisme

Ces revendications passent de plus en plus par l’utilisation des codes idéologiques et culturels français, notamment l’exaltation du choix individuel : le voile n’est plus un acte religieux mais l’expression même de la liberté de la femme qui veut qu’on la respecte. Le voile comme signe extérieur du féminisme… Le halal n’est plus seulement une règle alimentaire religieuse, mais un mode de consommation ethique et écologique. Consommateurs avertis, ils vérifient les conditions du halal sur les étiquettes alimentaires ou sur internet, et en appellent à un renforcement des normes, dépassant ainsi les règles religieuse. Le halal devient un label et une marque de reconnaissance… Concernant le Coran, on propose de préférence des cours d’arabe, ouverts à tous, plutôt que le traditionnel apprentissage par cœur du texte. On souligne les qualités linguistiques et poétiques de la langue.

Paradoxe : cette avant-garde se méfie des organisations officielles de l’islam en France et se rattache à une collectivité idéalisée (la Umma), tout en négligeant la pratique cultuelle dans sa communication. On les voit donc dans une sorte de no man’s land doctrinal et cultuel, tentés par le subjectivisme religieux.

Une forte activité intellectuelle

Enfin, il y a parmi eux des intellectuels, comme Aïsam Ait Yahya, qui prennent la place laissée vide par l’isolement de Tareq Ramadan. Dans leurs maisons d’édition, le bouillonnement d’idées est réel et vise à occidentaliser le discours sur l’islam, sans rien abandonner sur le fond. On s’interroge sur la place des Lumières, on se demande comment adapter le droit islamique à la situation européenne, ou encore comment montrer à l’opinion publique que l’islam est d’abord une éthique, un ensemble de valeurs autant qu’un culte. Face à Daech, on lit sous leur plume que le vrai califat est en réalité une « écologie humaine » puisque l’homme est le calife envoyé par Dieu pour gérer la création. Auraient-ils lu l’encyclique du pape François Laudato Si ?

Ainsi, en quelques années, un mouvement de fond s’est développé et a changé le paradigme de l’islam français : les libertés individuelles et le multiculturalisme sont devenus les voies privilégiées de la défense de l’islam. La culture l’emporterait-elle sur la religion, ou la religion se servirait-elle de la culture ? L’avenir nous dira s’il n’y avait là qu’une posture…

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